Depuis mon élection en mars 2008, j’ai pris connaissance des dossiers, beaucoup consulté mes concitoyens mais aussi mes collègues maires des villes voisines. J’en tire la conclusion que ce projet conserve toute sa pertinence.

Il se trouve renforcé par l’intérêt porté à ce territoire, tant par le SDRIF, schéma directeur de la région Ile-de-France, que par Christian Blanc, délégué interministériel à l’aménagement du « Grand Paris ».

Mais pour que cet intérêt de la Région et de l’Etat bénéficie réellement aux populations concernées, il convient que les élus et les citoyens de nos villes s’emparent de ces enjeux et que s’ouvre un réel débat démocratique sur le périmètre et les objectifs d’un projet de communauté d’agglomération.

Une communauté d’agglomération n’est certes pas la solution miracle à la profonde et brutale crise économique et sociale dont chacun mesure la gravité. Cette crise vient aggraver les inégalités et les injustices qui minent le développement équilibré et durable de la Région capitale.

Contre la concurrence des territoires et des hommes, contre les ravages que produit le système libéral à bout de souffle, une communauté d’agglomération peut-être un contre poids, un lieu de production de projets solidaires et dynamiques, un rassemblement pour construire des projets d’ampleur, une démarche démocratique permettant la mutualisation des moyens et des ressources.

Un périmètre pertinent

Le territoire doit correspondre à un périmètre pertinent permettant de répondre aux exigences de cohérence spatiale, économique, de solidarité financière et sociale auxquelles une communauté d’agglomération a pour mission de répondre.

Pour ce qui concerne la ville du Blanc-Mesnil, il convient de rappeler que des liens historiques très anciens lient notre ville à Aulnay-sous-Bois. Aujourd’hui ces liens, élargis à d’autres communes, existent au travers du SEAPFA. Depuis 40 ans, ce syndicat intercommunal regroupe Blanc-Mesnil, Aulnay, Sevran, Villepinte et Tremblay. Cette coopération existante peut constituer une première étape.

Mais je fais la proposition que cette coopération puisse s’élargir sur un territoire plus large que le seul SEAPFA pour porter sur le coeur et le nord-est du département, c'est-à-dire sur le territoire désigné « Plaine-de-France active : Aulnay, Bobigny, Drancy, Dugny, Le Bourget, Le Blanc-Mesnil, Sevran, Tremblay et Villepinte.

Ce territoire, qui possède une véritable continuité géographique, est la porte de la Région Ile-de-France sur l’Europe du nord. Il est doté d’un important tissu urbain et d’infrastructures stratégiques pour le développement économique pour la Région capitale.

A l’échelle de ce territoire se trouvent deux aéroports internationaux -Roissy et Le Bourget-, des zones industrielles et des bases logistiques puissantes et diversifiées, des voies de communication de dimension européenne (A1 et A3) et de desserte locale (RER B), le siège de nombreuses administrations et de services publics dans la ville-préfecture, des établissements de santé et universitaires, un réseau dense d’équipements culturels, le canal de l’Ourcq et de nombreux espaces verts départementaux et communaux. De grands projets comme l’écopôle sur Blanc-Mesnil-Aulnay vont voir le jour, d’autres ne demandent qu’à émerger. La mutation urbaine et industrielle qui se poursuit peut être un levier puissant et novateur pour le développement durable et la préservation de la planète.

Des défis à relever

Les villes composant ce territoire mettent en avant des objectifs communs : la croissance de l’emploi et son accessibilité aux jeunes, le renouvellement, le développement et la diversification de l’habitat, le désenclavement social et urbain par un effort de requalification de pans entiers de ville dégradés, le renforcement des transports publics, l’émergence de nouveaux espaces productifs, des politiques publiques ambitieuses pour l’éducation, la culture et la santé.

Ces priorités peuvent être celles de la communauté d’agglomération en mobilisant ses moyens propres et en exigeant de l’Etat des investissements structurants comme, par exemple, le projet de Cité de l’air et de l’espace et la prolongation de la ligne 7 du métro que nous attendons tous avec de plus en plus d’impatience.

Ce territoire, ses priorités et ses projets sont des atouts pour contribuer à la relance économique, à la lutte contre les graves déséquilibres qui handicapent l’Ile-de-France, pour le développement durable et la qualité de l’environnement. Ouvert sur le monde, ce projet peut contribuer à faire prévaloir une vision humaine de la mondialisation par un renforcement des coopérations internationales pour la paix et le co-développement.

Des moyens à mobiliser

Puisque l’Etat et la Région ont reconnu ce territoire comme étant porteur de grandes potentialités, il convient que les élus et les populations s’expriment ensemble pour exiger des décisions concrètes, rapides et ambitieuses à l’échelle de ce bassin de vie de 400 000 habitants. C’est de la responsabilité de l’Etat de promouvoir de grandes politiques publiques pour l’éducation et la formation, la santé, l’emploi et les transports.

Cela conduit également à des réformes de la fiscalité locale, injuste et à bout de souffle. Il en est ainsi tout particulièrement de la taxe professionnelle, principale ressource des communautés d’agglomération que l’Etat vide de son sens réforme après réforme. C’est pourquoi je soutiens la proposition d’une taxe professionnelle qui prennent en compte les actifs financiers des entreprises, dans le but de dégager des moyens nouveaux pour les collectivités territoriales et d’orienter l’argent vers les investissements utiles et productifs, donc vers l’emploi stable et qualifié.

Il est urgent de construire une vraie péréquation solidaire entre l'Ouest et l'Est parisien, toujours dans l’idée de combattre les injustices et les déséquilibres qui affaiblissent l’Ile-de-France. Rassemblés nous pouvons être également un interlocuteur de poids pour obtenir plus de financements européens.

Une démarche démocratique

Alors que la commission Balladur sur la réforme institutionnelle et la volonté de reprise en main de l’Ile-de-France par le Président Sarkozy fait peser de graves menaces sur la démocratie locale, un projet de communauté d’agglomération ne peut être que le résultat d’une démarche démocratique.

Si une communauté d’agglomération mutualise des moyens et favorise l’émergence de projets communs, elle doit respecter la libre administration de chaque Conseil municipal qui, selon la loi, « règle par ses délibérations les affaires de la commune ».

Je suis donc pour une coopération intercommunale renforcée et contre la fusion des communes. Je suis pour qu’un projet d’intercommunalité « Plaine-de-France active » place l’extension des libertés et la démocratie participative au coeur de sa démarche et de ses objectifs. Je suis donc pour que tout projet d’intercommunalité soit issu d’un débat citoyen et conclut par un référendum.

Lundi 19 janvier 2009

Didier Mignot, Maire du Blanc-Mesnil