Dès le début du mouvement, le PCF a apporté leur soutien actif à celui-ci. Ce mouvement est entièrement légitime, car l’ « héritage colonial » perdure aux Antilles : 1% de la population contrôle 90% de l’industrie alimentaire, la moitié des terres et 40% de la grande distribution. 160 ans après l’abolition de l’esclavage, les descendants des colons blancs conservent la mainmise sur la quasi-totalité de l’économie des Antilles, tandis que la population noire ou métisse est maintenue dans la plus grande pauvreté.

L’outre-mer n’est pas une danseuse chère à entretenir mais un territoire oublié de la République, spolié et miné par les pratiques frauduleuses, les positions de monopole et la concentration du pouvoir économique. La défiscalisation, les exonérations diverses et beaucoup des investissements consentis par l’Etat font le bénéfice de quelques uns et non le bien de tous. Les commentaires sur les « Antilles assistées » qui vivraient aux crochets de Paris à travers l’aide sociale ou le RMI stigmatisent des populations, alors que ce sont quelques grands groupes, quelques patrons, quelques familles qui bénéficient depuis toujours des prébendes et des protections de la République.

Manif AntillesIl y a aux Antilles des disparités sociales cruelles qui découlent directement, historiquement de l’esclavage. Le pouvoir économique des békés est en effet né de la traite. Ce pouvoir a été installé quand l’Etat a indemnisé les propriétaires d’esclaves au moment de l’émancipation. Une caste détient le pouvoir économique et en abuse. Jusqu’à oser disserter sur la pureté de la race, comme l’a fait l’un des poids lourds de l’agroalimentaire, Alain Huyghes-Despointes lors d’une émission sur Canal+.

Les maîtres d’hier sont devenus des patrons. Avec les exigences de progrès social, de respect et de dignité, le mouvement social des Antilles porte aussi sur une remise en cause profonde du mode de développement et du fonctionnement des départements d’outre-mer.

Les Antillais aspirent à dépasser la situation de dépendance dans laquelle ils ont été placés : ce qu’ils nomment la « colonisation de consommation ». Ils veulent en finir avec une conception de l’investissement réduite à la défiscalisation. Ils veulent de nouveaux droits, de nouveaux pouvoirs, trouver les voies nouvelles permettant de gagner en autonomie, en maîtrise sur leur vie, sur le devenir de leurs îles.

Après avoir traité le mouvement par le silence et le mépris, jouant délibérément le pourrissement, Sarkozy et le gouvernement ont ensuite misé sur la provocation et la violence, tentant ainsi d’attiser la division et le discrédit. Le gouvernement a joué la division entre les populations antillaises, entre la Guadeloupe et la Martinique, entre les îles et la métropole, en présentant le mouvement comme un mouvement violent, dirigé contre la France. Un éditorialiste du Figaro a même parlé de racisme… Quel culot quand on a en tête les déclarations du béké Despointes !

Le Medef et le gouvernement mènent une bataille acharnée contre les augmentations de salaires, craignant une contagion et l’ouverture d’une brèche sur cette question centrale, décisive en France et outre-mer. Parisot a admis avoir contacté l’Elysée et Matignon juste avant le rapatriement du ministre Jego suspecté d’empathie en faveur des antillais. Toutes les ficelles ont été utilisées pour tenter de désamorcer cette exigence portant sur les salaires. Des montages complexes, temporaires, tentant d’exonérer le patronat de ses responsabilités ont été proposés par le gouvernement et le patronat. Un accord partiel a néanmoins été acté en Guadeloupe.

Il serait irresponsable de bloquer plus longtemps la situation, quand l’exaspération des populations est à son comble. Les exigences portées par le mouvement sont légitimes, les moyens existent d’y faire droit. C’est le Medef qui bloque tout et continue de provoquer, afin de tenter d’échapper à la question de la répartition de la valeur ajoutée. Mme Parisot porte une lourde responsabilité. Elle qui ne parle que de « modernisation du dialogue social », ses représentants s’arc-boutent et durcissent les négociations.

Le gouvernement, qui a trop longtemps joué le pourrissement doit mettre tout son poids dans la balance afin que l’accord porte sur tous les bas salaires en dessous de 1,4 SMIC, sur l’ensemble des départements ultramarin, mette les bénéfices des grands groupes à contribution, comporte toutes les garanties de pérennité, ouvre la voie à la satisfaction de l’ensemble des exigences portées par le mouvement.

La bataille engagée en Guadeloupe, en Martinique, et demain sans doute à La Réunion, est une bataille pour vivre debout, pour vivre mieux, dans le respect. Ce mouvement est plein d’enseignements pour ceux qui résistent et luttent en France. Il est porteur d’espoir à une période où le genre humain s’interroge sur son devenir, et où s’aiguise la recherche de voix nouvelles d’émancipation et de développement.

Le 10 mars à 19h, salle Roucaute à l’Hôtel de Ville du Blanc-Mesnil SOIREE DEBAT DE SOLIDARITE AVEC LES LUTTES SOCIALES ET POLITIQUES DES ANTILLES

Avec Jean-Louis Lemoing – Responsable national au DOMTOM du Parti communiste français

Willy Franciette – Conseiller municipal, originaire de la Guadeloupe