Nous sommes conscients que l’objectif poursuivi ici est de remettre en cause, non seulement la scolarisation dès deux ans, mais aussi le rôle de l’école maternelle comme « école première » préparant les enfants à l’acquisition des savoirs.

Depuis l’arrivée de la droite au pouvoir en 2002, le taux de solarisation des enfants âgés de moins de trois ans est passé de 32% à 25% en 2005 pour atteindre 20,9% en 2007, avec de fortes disparités entre les départements. En Seine-Saint-Denis, ce taux s’est écroulé autour de 7%. Cette tendance départementale s’est confirmée dans notre ville, le Blanc-Mesnil, où le taux de scolarisation atteint cette année 6,5% contre 37,3% en 2000.

Une telle situation est d’autant plus grave qu’elle met également en péril, par un effet-ricochet, la scolarisation des enfants de trois ans. La mise en œuvre du Plan de réussite en Seine-saint-denis et de la charte de développement signée avec l’Education Nationale en 1998 dans notre ville nous avaient pourtant permis, grâce à l’extension d’écoles maternelles et à la construction d’une nouvelle, de mieux répondre à la demande des familles désireuses de scolariser leurs enfants à un âge précoce.

Le sursaut démographique de ces dernières années explique en partie ce recul ; en partie seulement car les gouvernements de droite successifs n’ont répondu à ces nouveaux besoins qu’en fermant des classes au lieu d’en ouvrir. L’objectif que le gouvernement s’est fixé est donc de plus en plus clair : la scolarisation à l’école maternelle dès deux ans ne fait plus partie de ses orientations et doit donc progressivement disparaître.

A travers ces « jardins d’éveil », le Gouvernement tente de maquiller le désengagement de l’Etat tout en préparant les esprits au démantèlement de l’école maternelle et de sa place comme « école première », suivant l’expression de Philippe Meirieu, c’est-à-dire comme étape préalable à l’acquisition des savoirs.

J’estime, pour ma part, que la possibilité doit être laissée aux parents qui le désirent d’inscrire leurs enfants à l’école maternelle dès deux ans. L’école maternelle, dans la mesure où les conditions d’encadrement des enfants sont réunies, où des moyens existent pour permettre un meilleur accompagnement pédagogique, joue un rôle essentiel dans la construction et l’appropriation du langage, condition indispensable à la connaissance. C’est également à l’école que l’enfant, dès son plus jeune âge, apprend à se construire au contact des autres et à assimiler les règles de vie commune.

De nombreuses études montrent du reste que la réussite scolaire en élémentaire est étroitement liée à la précocité de la scolarisation dans les classes pré-élémentaires. D’après une analyse de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance, un enfant scolarisé dès l’âge de deux ans voit augmenter ses chances d’accéder au CE2 sans redoubler.

On comprend à cet égard l’importance décisive pour les enfants issus des milieux populaires d’une scolarisation dès deux ans. Pour certains d’entre eux, issus d’une famille d’origine immigrée, elle est un véritable atout facilitant la maîtrise de la langue française. Nous sommes nombreux à partager ce point de vue, au-delà même des clivages politiques. Dans un rapport d’information du Sénat sur les politiques conduites envers les quartiers en difficulté, M. Pierre André, sénateur UMP, proposait en 2006 « d’accroître l’accueil dès 2 ans dans les écoles maternelles en créant les postes nécessaires, particulièrement dans les quartiers prioritaires. »

Nous savons combien la plupart des parents d’élèves et les enseignants sont attachés à ce droit. Votre mobilisation l’année dernière pour obtenir le maintien des classes de très petites sections, notamment à l’école Rose Blanc, est le témoignage le plus récent de la confiance que vous placez dans ce dispositif essentiel à la réussite éducative, en particulier pour les enfants issus des milieux populaires.

L’école maternelle n’est pas une garderie et si nous voulons qu’elle demeure un lieu de préparation des enfants à l’apprentissage des savoirs, des moyens doivent être rapidement dégagés.

En vous renouvelant notre reconnaissance pour le travail que vous accomplissez, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’assurance de nos sentiments les plus respectueux et cordiaux.

Didier MIGNOT, Maire du Blanc-Mesnil

M. Alain BARRES, Adjoint au maire délégué à l’enseignement maternel et élémentaire